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La société tétraplégique

Comme prémonitoire cet article écrit par Jacques Attali en mai 2018…
Prémonitoire des révoltes populaires qui agitent la France et la Belgique et qui sont le ras-le-bol de ce fossé qui se creuse entre ce qu’il qualifie de “l’hyper-classe” et les autres. Et pour éviter ce phénomène, il parle d’une “révolution de l’éducation” qui ne peut pas servir à créer des strates au sein de la population. 
Il insiste sur l’urgence d’ouvrir les savoirs à tous, de permettre à tous d’accéder à tous les postes avec écoute, empathie et respect!
Tiens, tiens… cela me dit quelque chose! 

La société tétraplégique
Jacques Attali, publié sur “L’express” le 28/05/2018 à 08:30

Pour avoir prévu, et dénoncé, depuis longtemps, la constitution à l’échelle mondiale de ce que j’ai appelé une « hyperclasse », coupée du reste des humains(eux-mêmes divisés en « infranomades » contraints à la migration pour survivre,et en « sédentaires provisoires » tentant désespérément de rejoindre l’hyperclasse des hypernomades, craignant de basculer dans l’infranomadisme, et assistant, dans les médias, aux spectacles donnés par les uns et par les autres), je ne peux qu’être très inquiet de tous les signes qui s’accumulent :ce monde-là est une réalité désormais.
Partout dans le monde, développé ou pas, anglo-saxon ou pas, français ou pas,ceux qui disposent d’un capital culturel et financier sont maintenant assez nombreux pour vivre entre eux, et penser pouvoir diriger le monde selon leurs valeurs, leurs codes ; et dans leur seul intérêt. Aux autres de s’adapter ou de se faire oublier.

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“Si c’était aujourd’hui, la Belgique ne signerait pas la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme” Françoise Tulkens

En cette journée de commémoration de la signature, il y a 70 ans, de la Déclaration Universelle Des Droits de l’Homme, une riche interview de Françoise Tulkens, ancienne juge, ancienne vice-présidente de la Cour européenne des Droits de l’Homme, qui nous apporte un éclairage important sur l’actualité brûlante du moment… ” Si c’était aujourd’hui, la Belgique ne signerait pas la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme”.

Grand Oral RTBF/Le Soir ce samedi 8 décembre sur La Première à l’occasion des 70 ans de la déclaration universelle des droits de l’homme.

Non, il n’y a pas à arbitrer entre “fin du monde” et “fins de mois difficiles”

Une très bonne synthèse d’Etienne de Callataÿ sur la nécessaire transition énergétique qui doit être soutenue et accompagnée socialement. A l’heure des clichés et des slogans, cette synthèse nous offre la réconciliation d’objectifs pas si lointains. Rassembler au lieu d’opposer un programme en soi qui nous impose de ne pas nous porter en défenseur de telle ou telle option mais plutôt d’organiser leur coexistence au bénéfice de tous et de chacun. 

Non, il n’y a pas à arbitrer entre “fin du monde” et “fins de mois difficiles”

Etienne De Callatay, L’Echo, 8 décembre 2018

Il n’y a pas à se résigner face aux effets de la globalisation ou de progrès technologique et il n’y a pas à arbitrer entre ” fin du monde ” et ” fins de mois difficiles “. Fonctionnement du marché du travail, intensité de la concurrence, amélioration de l’enseignement, promotion de la formation continuée, stimulation de la mobilité sociale, voilà autant de domaines sur lesquels les pouvoirs publics ont prise.

En janvier 2016, lors d’un hommage aux victimes de l’attaque de l’Hyper Casher de la Porte de Vincennes à Paris, un an plus tôt, Manuel Valls, alors Premier ministre, avait choqué en déclarant: “Il ne peut y avoir aucune explication qui vaille. Car expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser.” 

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Débat : peut-on encore gouverner à l’heure des réseaux sociaux ?

Une intéressante contribution sur le rôle des réseaux sociaux dans les mobilisations qui se créent notamment en France et sur la dangerosité de tomber dans une “démocratie” dominée par les sentiments et non plus par la raison. Elle souligne les effets pervers de l’immédiateté qu’imposent les réseaux sociaux mais aussi la primauté du “chacun pour soi” sur l’intérêt général. Et c’est ce dernier point qui m’inquiète le plus. Si derrière ce beau concept de “rassembler les gens” en les mettant en connexion, les réseaux sociaux n’étaient-ils au fond qu’une machine à s’opposer et à individualiser? 

Débat :peut-on encore gouverner à l’heure des réseaux sociaux ?

Olivier Costa, The Conversation, 7 décembre 2018

Les autorités de l’État et les élus (et pas seulement ceux de la majorité, ne nous leurrons pas) font face à une défiance d’une ampleur inédite, à laquelle il est bien difficile de trouver une réponse, tant les revendications sont à la fois hétérogènes et individualistes (une par sous-catégorie de la population), irréalistes et contradictoires (davantage de services publics, mais moins d’impôts ; plus de croissance, mais moins de concurrence ; plus de sécurité, mais moins de règles), et déconnectées d’enjeux aussi fondamentaux que le réchauffement climatique ou l’endettement du pays. 

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L’intelligence artificielle produit des gilets jaunes

Une opinion dérangeante de Laurent Alexandre, auteur du livre ” La guerre des intelligences”, qui met en évidence le fossé qui se creuse encore davantage entre “ceux qui savent” et “ceux qui ne savent pas” et qui ne se sentent plus représentés par personne. L’intelligence artificielle mérite des moyens suffisants au niveau budgétaire et au niveau humain pour appréhender toutes ses conséquences et pour y associer le plus grand nombre sous peine d’accentuer des fractures et d’avoir définitivement deux mondes qui ne se parlent plus et ne se comprennent plus.

OPINIONS : L’intelligence artificielle produit des gilets jaunes

Par Laurent Alexandre, publié le 27/11/2018 à 17:30 dans “L’express”

L’intelligence artificielle transforme l’organisation sociale en favorisant les élites intellectuelles et en affaiblissant le peuple.

Le géographe Christophe Guilluy décrit depuis des années les souffrances de la France périphérique. Il voit dans les gilets jaunes le signe d’une révolte de ce tiers pays qui n’intéresse pas les politiques. Il y a bien trois France : les gagnants de la nouvelle économie, calfeutrés dans les métropoles où se concentrent les entreprises liées à l’intelligence artificielle (IA), les banlieues peuplées de communautés et la France périurbaine et rurale des “petits Blancs”, qui se sont autobaptisés “gilets jaunes”.

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Les «gilets jaunes»: un fait révélateur d’une transition écologique injuste et tronquée?

Une carte blanche signée Félice Dassetto, sociologue qui dit tout sur ce sentiment d’injustice avec beaucoup d’acuité depuis l’augmentation du carburant mais nous savons que c’est “l’arbre qui cache la forêt”.
Ce n’est que la partie visible d’un iceberg, une machine qui fait croître de jour en jour les inégalités ressenties hier ‘acceptables” aujourd’hui comme “indécentes au regard de nombres de dispositions prises par plusieurs gouvernements ou au niveau européen.
Il rappelle aussi avec justesse” pas de transition écologique sans un accompagnement social et humain”.
A méditer dans les temps particulièrement troubles qui nous occupent.

Les «gilets jaunes»: un fait révélateur d’une transition écologique injuste et tronquée?

Mis en ligne le 20/11/2018 à 17:30 ; journal « le soir » par Felice Dassetto, sociologue, professeur émérite UCL, membre de l’académie royale de Belgique

Les prix et les taxes des carburants augmentent. Mobilisés par les réseaux sociaux, des gens – femmes et hommes – protestent. Ils et elles trouvent un symbole simple à la portée de tout le monde : des survêtements réfléchissants. Ils leur donnent une identité : les « gilets jaunes ».

La protestation s’exprime par des arguments immédiats : l’augmentation considérée inacceptable du prix d’un produit considéré vital dans la société de l’automobile : indispensable pour certains, utile pour d’autres. Ce mouvement spontané a évidemment des difficultés à se coordonner. Il risque d’être récupéré et infiltré par des mouvements d’extrême droit ou d’extrême gauche.

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L’éloge de la lenteur et de la pensée lente : incontournable pour en revenir à l’essentiel

Faire l’expérience de la souffrance invalidante, c’est passer de l’autre côté du miroir et voir le monde autrement. Et d’abord la politique. Mes convictions, ma passion, mon engagement restent intacts. Comment pourrait-il en aller autrement. On ne se refait pas.
Mais je dois désormais compter avec mes limites. Le temps de l’activisme tous azimuts est derrière moi. Celui de l’action ciblée sur l’essentiel est devant moi.

Or, c’est justement d’essentiel que la politique à besoin. Voilà que mes contraintes physiques m’obligent à jouer en politique un autre rôle, celui justement dont la Politique manque cruellement et que nous devons combler.

C’est quoi l’essentiel aujourd’hui ? C’est le décrochage du politique par rapport aux grands enjeux de notre temps, ce qui mine sa crédibilité et, plus grave encore, sa légitimité. Car la mission de maîtriser le changement, tantôt d’y résister, tantôt de l’accompagner, voire de le susciter, reste centrale pour la survie des valeurs qui font l’humanité de nos sociétés. C’est là, la responsabilité du politique qui est l’instance ultime de gouvernance d’une société démocratique. Mais il lui faut être à la hauteur. Penser plus loin, plus large, plus haut surtout, en imposant l’éthique comme norme catégorique dans nos sociétés.

Nous sommes en train de vivre dans toutes les strates de nos sociétés des transitions majeures dans les thèmes aussi fondamentaux que les modèles économiques traversés par les révolutions du numérique, de la mondialisation, de l’IA, des changements climatiques, les modèles sociaux de redistribution des richesses et de l’émergence des nouvelles inégalités criantes qui expliquent aussi les montées des populismes et autres révoltes (gilets jaunes etc. ), la définition des nouvelles identités liées à la diversité et à la mobilité croissante de nos sociétés, les révolutions des modèles familiaux, du genre, de la parentalité et de la procréation.

Le temps m’est maintenant différent, je veux, au travers de mon engagement politique apporter autre chose que de l’immédiateté, qui mine la cohésion car elle est souvent dans les antagonismes avec un recul de compréhension et de pédagogie nécessaire aux citoyens et au final son désintérêt croissant pour la chose publique qui lui semble plus être plus une pièce de théâtre où les protagonistes s’étripent au gré de tweets, de phrases assassines qu’un véritable débat de fond qui lui permette de se faire une juste idée des enjeux sous-jacents au problème. Cette immédiateté doit aussi nous interroger collectivement sur le climat de populisme que nous créons en étant incapables de répondre aux vrais enjeux avec, cette impression que les citoyens ont des politiques qui passent à côté d’eux en étant autour et aux alentours de l’important, et qui ne servent au fond que leur égo. Refuser l’immédiateté, c’est aussi accepter que la notion de temps n’est pas la même et que la distance permet de voir plus loin, de manière plus juste.

Pour cela, je choisis une méthode et je m’attèle aux vraies priorités politiques.

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