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La justice fiscale en Europe : David doit l’emporter sur le Goliath numérique.

Les GAFA[1] innovent, c’est entendu, et certaines de leurs innovations dans la médecine, l’éducation, l’information, la vie quotidienne, la productivité, le divertissement  améliorent drastiquement nos conditions de vie. Pour autant faut-il leur concéder un privilège fiscal inouï, inaccessible à n’importe quelle entreprise familiale ou PME, celui de choisir le pays où elles vont payer leurs impôts? Et cela en toute légalité ! Le 4 octobre 2017, la Commissaire européenne Vestager faisait ainsi observer qu’Amazon, en raison d’une faveur fiscale -indue selon elle- de l’Etat luxembourgeois qui l’a exonéré de 250 millions de taxes, paye un quart de l’impôt dû par une PME locale. Est-ce tolérable ? Aujourd’hui, nous apprenons que Google a transféré légalement 20 milliards de dollars des Pays-Bas vers une société écran aux Bermudes, paradis fiscal bien connu.

En Europe, les milliers de multinationales peuvent ainsi arbitrer entre régimes fiscaux nationaux en raison de leur localisation –réelle ou fictive-, dans plusieurs pays, car elles jouent sur les transferts de profits arbitraires vers le pays moins-disant, fiscalement parlant, par le mécanisme des prix de transfert internes.

Depuis 15 ans la Commission multiplie les tentatives d’harmonisation de l’impôt des sociétés. En vain ! Car l’Irlande, Malte, le Luxembourg et les Pays-Bas agitent la menace du veto pour tout bloquer. La Belgique ne fait aucun zèle sur ce dossier, car elle protège ses propres pratiques borderline. La règle de l’unanimité, ce redoutable verrou de la décision européenne, sévit toujours en matière fiscale, une anomalie d’un autre âge dont une réforme des traités doit absolument nous débarrasser. Seul un impôt européen directement prélevé par Bruxelles sur les multinationales permettrait de résoudre efficacement ce problème. Cela doit être notre objectif. Mais entretemps, il faut s’attaquer directement au problème spécifique des GAFA.  Car le cas des GAFA présente à la fois une urgence –il y a un vide juridique- et une singularité leurs activités se prête particulièrement à éluder l’impôt.

Les GAFA posent trois problèmes.

Elles sont à notre époque ce que furent à la leur, les grandes firmes de l’électricité, de l’automobile, de la chimie, de l’électronique: elles jouissent du monopole lié à une innovation technologique majeure qui transforme l’économie. Elles bénéficient de tels (quasi) monopoles sur une échelle sans précédent, avec deux conséquences : d’un côté, un pouvoir de marché considérable, c’est-à-dire une capacité de fixer le prix bien au-dessus du coût, source de profits gigantesques, le plus souvent sous forme de capitalisation boursière ; de l’autre un écrasement des salaires médians qui, selon des rapports discutés cet été à Jackson Hole ( Wyoming) entre Banquiers centraux, est lié à la concentration du pouvoir économique.

Ensuite, contrairement aux idées reçues, les GAFA induisent une empreinte écologique énorme dont la croissance est exponentielle notamment dans la perspective de l’interconnexion des choses (équipements) alors que le secteur produirait déjà autant de carbone que l’aviation. L’envers de la médaille du numérique est donc à considérer sérieusement.

Enfin, les GAFA ont une triple activité immatérielle qui leur  permet d’échapper à l’impôt ; plateformes numériques pour toutes applications ; collecte, traitement et vente de big data (données personnelles) et création et vente de contenus et d’applications. La saisine de ces activités et leur localisation dans l’espace en vue de leur taxation s’avère extrêmement compliquée. Mais au total, les profits et les gains boursiers sont là. Il faut donc les appréhender pour établir une assiette fiscale et leur appliquer un taux d’imposition.

En tant qu’humaniste, nous ne pouvons accepter que des mesures nationales drastiques (soins de santé, fiscales, sur le coût de l’énergie et des carburants…) soient imposées à nos concitoyens les plus vulnérables et à la classe moyenne alors que le symbole de l’iniquité fiscale parade aux yeux et à la barbe de ces mêmes citoyens et de leurs dirigeants soumis au bon vouloir de cette mondialisation non régulée. Quand on parle de justice fiscale et qu’elle est au cœur du combat et de la révolte de la rue, la taxation du numérique s’impose pour soulager les citoyens en utilisant le produit de cette taxe pour un accompagnement humain et social des transitions, notamment la transition énergétique, que notre époque impose.

A travers l’UE, différents parlementaires nationaux ne supportent plus que les tentatives de la Commission européenne soient tenues en échec par le veto des ‘passagers clandestins’ de la fiscalité des entreprises que sont l’Irlande, le Luxembourg, Malte et les Pays-Bas, qui prennent l’UE en otage de leur égoïsme fiscal ; ou encore, par le veto d’états comme l’Allemagne qui craignent le courroux américain de la rétorsion commerciale.

Une démarche similaire s’impose en Belgique. Il faut prouver le mouvement en marchant et lancer des procédures de taxation au niveau national en vue de susciter une solution plus satisfaisante au niveau européen, le niveau pertinent en l’occurrence. Un voyage de mille lieues commence par un premier pas dit le proverbe chinois. Franchissons ce premier pas.

Vanessa Matz- Députée fédérale


[1] Les GAFAM sont les grandes entreprises américaines du numérique: Google, Apple, Facebook, Amazon,t Elles ont dorénavant leurs contreparties chinoises : les BATX. L’Europe ne dispose pas de tels géants.

Les travers de l’hyper-responsabilisation écologique individuelle

Une très intéressante contribution de Violaine Wathelet, doctorante au Centre d’étude de l’opinion de l’Université de Liège sur l’hyper responsabilisation  par rapport à la crise du climat. Si chacun et chacune d’entre nous a , il est vrai, a une responsabilité et peut agir quotidiennement par de petits ou grands gestes qui peuvent améliorer l’environnement , il est aussi temps que les gros «pollueurs » soient responsabilisés pour les dégâts qu’ils causent.
Elle questionne par ailleurs comme des économistes et comme je l’ai fait dans une carte blanche il y a quelques jours, le système du capitalisme global qui ne peut être traité comme une donnée extérieure ou une variable d’ajustement à l’urgence climatique. Vouloir le réguler, lui et ses méthodes de production, ses conséquences sociales, et l’injustice fiscale qu’il produit doit faire partie intégrante du débat sur le climat.

Les travers de l’hyper-responsabilisation écologique individuelle
Publié le mercredi 09 janvier 2019 à 09h29 – Sur le journal La Libre en ligne
Une opinion de Violaine Wathelet, doctorante au Centre d’étude de l’opinion de l’Université de Liège.

Nous portons tous la responsabilité du désastre actuel et futur. Mais en mettant le curseur sur l’individu, on oublie de questionner radicalement notre système de production et l’inaction des grands groupes capitalistes.

J’ai vingt-neuf ans et voilà pourquoi je me demande si je prendrai encore l’avion”, était le premier titre de mon propos, allusion bien entendue à la contribution d’Olivier De Schutter parue ici ce 7 décembre dernier. L’auteur y livrait les raisons de son récent choix de ne plus prendre l’avion. Une contribution qui m’a donné l’envie d’en prolonger la réflexion et d’en questionner les dynamiques sous-jacentes.

De Schutter ne prendra plus l’avion

Est-ce que je prendrai encore l’avion ? Qui se posait cette question il y a quinze ans ? Certains groupes altermondialistes, quelques écolos mais, c’est sûr, elle faisait rarement irruption dans les pages des quotidiens que l’on connaît. Or, aujourd’hui, il n’est plus exceptionnel que nos comportements individuels soient interpellés au nom de l’écologie (même dans les publicités). Et les slogans, comme les injonctions sont presque toujours adressés à nos individualités. Le discours ambiant voudrait que chacun fasse sa part, que chacun porte, dans son petit bec de colibri, les trois gouttelettes nécessaires à son confort personnel de cohérence, trois gouttelettes qui vont rejoindre les trois autres de son voisin ou de sa voisine, ou les deux, et former ainsi un Canadair capable d’éteindre l’incendie qui ravage notre planète.

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Oser se réapproprier la maitrise de l’avenir

Je signe ce matin une carte blanche dans le journal l’Echo sur la nécessité de mettre les 5 mois qui nous séparent des élections à profit pour développer une stratégie européenne, fédérale, régionale pour répondre à la triple crise que nous vivons: socio-économique, environnementale et géopolitique .
J’y plaide pour rendre, par des réformes radicales et réfléchies, nos sociétés plus sûres , plus efficaces et plus solidaires.

Oser se réapproprier la maitrise de l’avenir
Mis en ligne sur L’Echo le 9 janvier 2019

Mettons à profit les quelques mois avant les scrutins de mai pour réfléchir et délibérer sur une stratégie régionale, fédérale et européenne pour répondre à la triple crise dans laquelle nous sommes entrés : environnementale, économique et sociale.

La Belgique peut-elle s’offrir le luxe de passer les cinq prochains mois à se regarder le nombril sans oser entreprendre la moindre réforme, l’ombre des élections planant sur chaque protagoniste?

Mettons au moins ces mois précieux , avant les scrutins de mai, à profit pour réfléchir et délibérer sur une stratégie régionale, fédérale et européenne pour répondre à la triple crise dans laquelle nous sommes entrés : environnementale avec la dégradation du climat, économique et sociale avec la perte de contrôle du capitalisme global en panne de croissance et dangereusement inégalitaire, et enfin géopolitique avec les migrations amenées par la déstabilisation du Moyen-Orient, la pression russe sur l’Ukraine, les pays baltes et les Balkans, et surtout l’ombre de la confrontation entre la Chine et les Etats-Unis qui grandit sur le monde.

A la manière Macron ?

Le plus urgent, et politiquement le plus critique, est bien entendu la crise sociale. Prenons garde de ne pas nous tromper, ni sur son ampleur véritable, ni sur les remèdes à y apporter. On peut d’abord voir les choses à la manière de Macron : la pression de la rue se fait sédition ; l’ordre institutionnel est menacé ; lâchons du lest en catastrophe, soit 10 à 15 milliards pour le relèvement du Smic, et pour des détaxations diverses, en maintenant toutefois la suppression controversée de l’ISF. On a gagné du temps , mais on n’a en rien amorcé une dynamique de redressement On peut voir les choses sur le temps long et remonter plus en amont dans la chaîne des causes et aller plus en profondeur dans les réponses à donner aux trois niveaux de pouvoir – européen, fédéral et régional- car ils sont tous les trois pareillement nécessaires.

La crise économique et sociale a foncièrement pour causes la mondialisation dont le progrès technique est indissociable, et, face à elle, la carence d’une Europe inachevée et bancale. Mondialisation, progrès technique et réponse européenne ont en effet leurs gagnants et leurs perdants. En gros l’Allemagne et les pays nordiques gagnent comme pays parce qu’ils combinent bonne spécialisation internationale et hauts niveaux de productivité tandis que les Pays du Sud sont à la traîne. La France et la Belgique sont entre les deux.

A l’intérieur des pays, les gagnants sont les gros épargnants qui ont les moyens de prendre des risques dans les pays émergents et dans les hautes technologies, et les travailleurs très qualifiés, en particulier les cadres à haut niveau et les dirigeants d’entreprises importantes. Les perdants sont les travailleurs non qualifiés et spécialisés, scotchés à leurs territoires. Ce sont aussi les classes moyennes qui redoutent le déclassement pour leurs enfants souvent pas assez formés.

Troubles sociaux à répétition

Si l’on prolonge ces évolutions dans le futur, on voit se creuser des failles entre pays de l’UE, et entre groupes sociaux au sein de nos pays. A terme, c’est la fracture de l’UE et ce sont des troubles sociaux à répétition à l’intérieur de nos pays, la première aggravant les seconds. La donne climatique vient encore compliquer les choses. On parle de réconcilier l’environnement et la justice sociale, la fin du monde et la fin du mois, mais nous ne savons pas encore comment nous y prendre. Certains économistes en viennent à questionner la compatibilité du capitalisme et du climat. Un capitalisme vert est-il possible ? Oui sans doute, mais pas sans réformes profondes !

Or, jusqu’ici nous avons exclusivement réfléchi dans le sens de nous ajuster aux exigences du capitalisme global, notamment par la priorité donnée à la compétitivité et en nous engageant imprudemment dans la course au dumping social et au moins-disant fiscal pour attirer et retenir les investissements étrangers. Par ailleurs, l’eurozone a été pensée avant tout pour stabiliser les prix et préserver notre compétitivité internationale tout en protégeant l’épargne, pas pour soutenir la croissance et l’emploi. Or la principale source de pauvreté et d’inégalité, c’est le chômage.

Ethique du capitalisme

Il nous faut aujourd’hui penser à changer notre système économique. Non pas à renverser le capitalisme, mais à le réguler pour le rendre tout à la fois plus stable, moins inégalitaire et plus soutenable. Il y va de la démocratie. Nous devons revenir à une éthique du capitalisme pour renforcer la cohésion de nos sociétés, et assurer la survie de la planète. Il faut en revenir aux fondamentaux du système et les questionner. Ainsi le profit doit être ramené à ce qu’il est : une contrainte pour la viabilité et le développement de l’entreprise, pas un but exclusif pour le seul enrichissement des actionnaires. L’entreprise concerne aussi les clients, les fournisseurs et surtout les travailleurs dont le seul capital, la capacité de travail, est investie à 100% dans l’entreprise. La fiscalité doit être juste , entre salaires et profits, entre firmes globales et PME, ce qui n’est pas du tout le cas en Europe à cause de la concurrence fiscale. Les dégâts à l’environnement doivent être incorporés dans les coûts de productions par des normes légales ou via des taxes. Les écarts pharamineux de salaires entre les plus hauts dirigeants et leurs travailleurs doivent être ramenés à des niveaux raisonnables. De même, il faut en finir avec l’hypertrophie de la finance qui sous prétexte de soutenir l’innovation se fait prédatrice et spéculative et menace la stabilité et la croissance de l’économie réelle.

Rendons par des réformes radicales et réfléchies, nos sociétés européennes plus sûres, plus efficaces et plus solidaires. Osons nous réapproprier la maîtrise de notre avenir.

Vanessa Matz

Gilets jaunes: quand les démocrates se réveilleront-ils?

C’est Jean-François Kahn qui prend sa plume pour une analyse en nuance du mouvement des Gilets jaunes en France et les débordements intolérables provoqués par les manifestations. Le danger de pilotage par les groupes extrêmes est bien présent autant que le négation des revendications légitimes d’une partie de la population qui n’accepte pas à raison l’iniquité fiscale à laquelle elle est astreinte. De la nuance et de l’analyse, voilà ce dont la politique a besoin.

Mis en ligne le 7/01/2019 à 11:15 par Jean-François Kahn Le Soir en Ligne

Gilets jaunes: quand les démocrates se réveilleront-ils?

C’est une interrogation philosophique fondamentale : jusqu’où peut aller le divorce entre les causes portées par un mouvement et la nature de ce mouvement ? En d’autres termes, une cause essentiellement juste peut-elle être portée par une dynamique de nature essentiellement perverse ?

Les exemples historiques de cette infernale dichotomie abondent. A l’origine, dans les années 50, en France, le phénomène poujadiste catalysa l’expression, sur fond de souffrances réelles ressenties par le monde des commerçants et artisans, de revendications légitimes qui restent en partie d’actualité (le triomphe humainement destructeur de l’hypermarché n’a-t-il pas contribué à la révolte des gilets jaunes ?).

Mais quand près de 50 députés poujadistes accédèrent au Parlement (en 1956) et, parmi eux, Jean-Marie Le Pen, ils se révélèrent foncièrement antirépublicains, antidémocrates et pour certains fascisants.

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A tout problème, une seule et unique solution : la mienne.

Une brève et simple opinion de Jacques Attali qui met le doigt au cœur même de nos propres contradictions et qui met en évidence les certitudes dans lesquelles nous sommes enfermés. La complexité appelle de la nuance et si nous restons enfermés dans nos certitudes, sans dialoguer et tenter de comprendre ce que les autres tentent de nous expliquer, nous en sommes réduits à des slogans, qui eux, sont porteurs de populisme et d’extrémisme. 

A tout problème, une seule et unique solution : la mienne.
Jacques Attali, publié le 06/01/2019 à 08:30 sur L’express en ligne

Dans tous les pays, dans tous les milieux, chacun discute de mille problèmes : le climat, le chômage, le terrorisme, les injustices, la santé, l’éducation, les retraites, la culture, l’identité nationale.

Par ailleurs, dans tous les pays, dans tous les milieux, chacun a le sentiment qu’une réforme majeure est absolument fondamentale : renverser le gouvernement, reformer les institutions, autoriser les référendums d’initiative citoyenne, réduire les impôts, augmenter les dépenses publiques, réduire l’immigration ou à l’inverse accueillir plus d’étrangers.

Dans ce monde complexe, il est tentant de choisir, pour tout problème, une solution simple. Et même, plutôt, de profiter d’un problème, quel qu’il soit, pour proposer sa propre obsession comme une solution.

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Des experts préfacent 2019: «Le discours de Francken crée des fractures qui seront très difficiles à réparer»

Pour débuter cette nouvelle année, un réflexion intelligente sur la politique migratoire et les fractures que des campagnes de communication peuvent créer entre les citoyens. On peut ou pas partager ces réflexions mais on ne peut rester indifférents aux arguments objectifs développés au travers de cette interview qui permet de poser un contexte un peu plus objectif à ce débat qui est souvent traité de manière réductrice.

Des experts préfacent 2019: «Le discours de Francken crée des fractures qui seront très difficiles à réparer»

Mis en ligne le 2/01/2019 à 09:45 www.lesoir.be
Par Lorraine Kihl Experts 2019

Les sociétés européennes doivent créer et organiser des voies d’accès légales au territoire, seul moyen de maîtriser les flux les flux et d’assurer la sécurité des personnes, tant pour les réfugiés que les migrants économiques, estime Sylvie Sarolea (UCL).

Le bras de fer initié par la N-VA sur le pacte de Marrakech aura achevé une législature déjà marquée par une relation tendue entre le secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration et la magistrature : refus d’obtempérer à une décision de justice (affaire des visas humanitaires), stigmatisation des « juges activistes », lutte contre les abus des avocats défendant les migrants. Sylvie Sarolea, professeur à l’UCL, décrypte ce que ces tensions traduisent du rapport du politique aux droits de l’homme et évoque les défis à venir en matière migratoire.

Vous avez été surprise par les réactions sur le pacte migratoire ?
Le timing était surprenant, en tout cas du point de vue du droit, je ne peux pas me prononcer sur la stratégie politique. La Belgique a négocié ce pacte pendant deux ans, a présenté des amendements qui ont été suivis. Remettre en question le principe même d’un pacte et certains éléments de son contenu au moment de la célébration du pacte, ce n’est pas cohérent, ni sérieux. Il y a une forme d’escroquerie intellectuelle vis-à-vis de la population en donnant l’impression que c’est au moment où on acte le pacte, que l’on découvre son contenu. Une manipulation de l’opinion qui est dangereuse. Quant au contenu, c’est très étonnant car je ne vois pas ce qui dérange les nationalistes souverainistes. Ce pacte est un instrument de coopération internationale qui rappelle des grands principes qui lient déjà la Belgique. Il n’y a rien de neuf sur le plan du droit. Rien de révolutionnaire sur le fond. Ce qui est neuf c’est d’inciter solennellement les Etats à coopérer en matière de migration. Négocier, exprimer un point de vue, c’est une manière d’exprimer sa souveraineté. L’Union européenne et ses Etats collaborent déjà beaucoup plus avec les pays tiers depuis trois ans, notamment les pays de transit, pas encore ceux d’origine. Theo Francken a d’ailleurs passé son temps à essayer de convaincre la Tunisie d’accueillir des migrants. Mais il refuse un cadre pour le faire. Je ne vois pas ce qui justifie que des Etats rejettent soudainement ce pacte, sauf à dire qu’ils veulent une coopération déséquilibrée, inéquitable, en dehors d’un cadre.

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Pour que 2019 soit une année positive

« Tout dépend de nous », c’est par ces mots que conclut Jacques Attali cette très juste opinion en soulignant que l’empathie aussi chez nos dirigeants reste une des plus grandes forces pour comprendre et prendre les justes décisions face aux crises qui révolutionnent notre quotidien. Je vous le partage en cette veille de Noël car elle fait plus que jamais sens.

Pour que 2019 soit une année positive
Jacques Attali, publié le 24/12/2018 à 08:00 sur https://blogs.lexpress.fr

Il n’est pas difficile de voir ce qui, dans la vie de chacun, comme dans celle de tous, peut faire de 2019 une année catastrophique.

L’économie mondiale, assise sur des pyramides de dettes, peut s’effondrer et nous plonger dans une récession pire que celle qu’on a connue il y a dix ans. Des dirigeants plus ou moins irresponsables peuvent penser trouver la solution de leurs problèmes dans le protectionnisme, accélérant la crise qu’ils prétendraient empêcher.

Dans bien des lieux du monde, la misère la plus terrible va continuer à sévir, par le fait du climat, ou de la folie des hommes. Par la guerre, la maladie, l’esclavagisme, l’exploitation ou le terrorisme.

Dans d’autres lieux, des richesses absolument obscènes, absolument pas justifiées, continuent de s’accumuler et de se gaspiller.

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En Belgique, les dirigeants politiques ont abandonné la recherche du bien commun

Une excellente une opinion de Laura Rizzerio, professeur de philosophie à l’université de Namur sur l’abandon par le politique du « bien commun ».
En cette période de crise et de turbulences, voilà un constat qui doit nous parler et auquel je souscris totalement. La culture individualiste de notre société s’oppose par définition au bien commun et au bien tout court, dans le sens de « bienveillance ». Il est urgent que les politiques se profilent et voient leur mandat comme un service au profit de l’intérêt général plutôt qu’un plan de carrière qui sert des intérêts partisans. Si nous n’avons pu le faire pour éviter cette crise, faisons-le maintenant pour qu’elle se résolve au plus vite avec pour seule visée, celle du bien commun.

En Belgique, les dirigeants politiques ont abandonné la recherche du bien commun

Publié le mardi 18 décembre 2018 à 09h16 – “La Libre” en ligne

D’un côté, la politique est devenue plus un métier qu’un service. De l’autre, dans notre culture individualiste, le bien coïncide avec le “bien individuel” et la réussite correspond à l’accumulation de biens. Entre les deux, où est le “bien commun” ? Une opinion de Laura Rizzerio, professeur de philosophie à l’université de Namur. 

Depuis quelques jours, en Belgique, nous assistons, à la fois impuissants et hébétés, à une sorte de bras de fer entre les ex-partenaires du gouvernement. Le spectacle que la crise donne à voir aux citoyens témoigne d’un monde politique plus préoccupé de trouver les moyens pour conserver le pouvoir qu’animé par le désir de servir le bien commun. Le flou sur des matières graves (comme le climat, la migration ou les questions socio-économiques) est d’autant plus choquant que, dans la rue, les citoyens se battent pour une justice sociale que, à leurs yeux, le gouvernement ne parvient pas à assurer. Le dimanche 2 décembre, la marche pour le climat, qui a réuni à Bruxelles 75 000 personnes, a été saluée par les politiques comme une action citoyenne responsable, mais le lendemain, à la Cop24, on a constaté l’incapacité du politique à respecter les engagements pourtant pris à l’égard de la réduction des gaz à effet de serre. Depuis quelques semaines, avec acharnement et détermination, des centaines de personnes en gilet jaune alertent gouvernants et gouvernés à propos de la situation socio-économique qui devient insupportable pour les classes moyennes. Leurs actions débordent en actes de violence et de vandalisme qui sont évidemment inacceptables. Mais ces actes paraissent comme le cri puissant d’un peuple accablé qui cherche pour lui-même et pour les siens comment vivre mieux. Or, le constat, amer, est que, dans la réponse donnée à toutes ces situations, les intérêts particuliers de ceux qui occupent le pouvoir ont trop souvent raison du bien commun. Mais à quoi est dû cet abandon de la recherche du bien commun ?

Trois constats

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Être humaniste aujourd’hui, c’est tenir en échec le capitalisme et la technologie non régulés !

Aujourd’hui la politique apparaît évincée et marginalisée par le marché et par le progrès technique.L’Europe elle-même qui devrait être notre outil et notre bouclier, nous échappe par sa complexité et par les jeux croisés des technocrates, des lobbys et des diplomates.

Mais paradoxalement la politique n’a jamais été plus nécessaire. Car ces bouleversements à la marche du monde appellent des réformes profondes. Et qui peut les entreprendre et les mener à bien sinon les politiques? C’est un chantier immense qui s’articule sur plusieurs niveaux : la commune, la région, le fédéral, l’Europe et, à travers celle-ci l’ordre mondial à reconstruire après le séisme de la globalisation toujours plus porteuse d’inégalités sociales.

Nos institutions démocratiques appellent une participation plus active du citoyen ; nos systèmes d’éducation sont mis au défi de l’immigration et du numérique qui touchent aussi la protection sociale,  nos régimes de retraite et de nos politiques de santé, tandis que notre urbanisme est confronté au double défi de la mobilité et à la sécurité. La décarbonisation de nos économies, le vieillissement de nos sociétés, la menace que le consumérisme et le cosmopolitisme constituent pour la culture doivent être anticipées et gérées.

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Brexit et gilets jaunes, deux crises existentielles pour deux vieux pays

Une chronique éclairante de Pierre Haski sur les crises profondes que vivent la France et l’Angleterre, une avec la révolte des gilets jaunes, l’autre avec le Brexit. Les causes de ces crises sont assez similaires même si leurs conséquences sont fort différentes. L’impression pour les citoyens de ne pas être écoutés et d’être très éloignés de la décision peuvent être un élément d’analyse commun. A nous de réfléchir à comment intégrer cette donnée essentielle pour mettre en œuvre de nouvelles politiques.

Brexit et gilets jaunes, deux crises existentielles pour deux vieux pays
par Pierre Haski jeudi 13 décembre 2018

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Alors que Theresa May a survécu hier à une contestation interne à son parti, le Royaume Uni tente toujours de trouver le chemin du Brexit. Au même moment, la France se trouve confrontée à la crise des gilets jaunes. Il y a plus de points communs qu’on pourrait le croire entre ces deux crises dans ces deux vieux pays.

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