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Les inégalités sociales ont-elles augmenté en Belgique?

Une remarquable analyse de Bertrand Henne sur les inégalités ressenties ou réelles. Un constat pour permettre aux politiques d’agir en amont mais aussi en aval afin de les corriger. Si certaines égalités sont simplement ressenties, cela ne dédouane pas le politique de mesures concrètes ou d’une réflexion plus profonde sur les causes de ce ressenti qui est souvent le point de rupture entre lui et les citoyens …À méditer sans modération.

Les inégalités sociales ont-elles augmenté en Belgique?
Publié en ligne sur le site de la RTBF le 11 mars 2019

C’est une question politiquement très sensible. Malheureusement, les inégalités et leurs évolutions sont très compliquées à objectiver pour les économistes et bien sûr pour les journalistes.

L’idée très répandue est que les inégalités de revenus ont augmenté. Que les riches sont toujours plus riches et les pauvres plus pauvres. Ce sentiment d’injustice est à l’origine d’un malaise social important, d’une crise de confiance dans le modèle économique dominant et même une crise de la démocratie.

Cette croyance ne vient pas de nulle part. Dans beaucoup de pays différents indicateurs et études montrent en effet une croissance des inégalités. C’est ce que montrent les travaux de l’Économiste français Thomas Piketty qui a replacé cette question au premier plan.

La principale qualité de son travail est d’observer l’évolution des inégalités sur un temps long (parfois depuis la Première Guerre mondiale) et dans plusieurs pays du monde. Il mesure les inégalités de revenus, mais aussi les inégalités de patrimoine (ce qui est encore plus compliqué). Il s’est associé avec beaucoup de chercheurs pour mettre au point une base de données mondiale.

Le principal constat de ces chercheurs du WID est que les inégalités augmentent partout. Surtout en Asie (Inde, Chine) et aux États Unis. En Europe, le phénomène est aussi à l’œuvre. Mais il est d’une ampleur moindre.

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Le résistible délitement de l‘égalité pour les ruraux

Une singularité de la Wallonie tient à sa géographie dominée par la ruralité, distances obligeant. La dispersion de l’habitat reste très forte en raison de la densité du réseau d’autoroutes qui permet aux ruraux de vivre au pays tout en travaillant à la ville, au prix de trajets parfois éprouvants toutefois. La vie à la campagne a un charme très particulier qui tient aux racines familiales, aux paysages et au rapport à la nature, et, là où les communautés restent vivantes, à une proximité et une qualité d’échanges que la ville, riche en bien d’autres possibilités, n’offre pas.

Mais notre société et singulièrement, la puissance publique, a du mal à reconnaître le droit des ruraux à l’égalité de traitement dans l’accès aux services publics et dans le maintien de certains commerces et services privés dont la faible densité de population obère la rentabilité.

Insensiblement on constate l’effilochage des liens qui relient la campagne à la ville, ce qui complique sensiblement la vie de tous, ceux qui n’ont pas de voiture et ceux qui doivent s’en servir pour n’importe quelle course ou formalité. L’accès aux écoles maternelle et primaire, à la gare de chemin de fer, au bureau de poste, aux services de soins de santé est plus compliqué de par ses distances. Les commerces de proximité se font plus rares aussi. Le choix des ruraux se réduit à l’isolement ou aux déplacements incessants en voiture. 

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Stress, drogues, théories du complot: le quotidien des modérateurs Facebook

Un article à lire pour découvrir « l’envers du décor » des personnes chargées de « nettoyer le réseau social Facebook ». Les conditions de travail et les traitements sont pour le moins interpellants , sans parler des conséquences sur la santé physique et mentale de ces travailleurs . Derrière cette mission nécessaire de « protection » se cache une triste réalité que nous suspectons à peine !

Stress, drogues, théories du complot: le quotidien des modérateurs Facebook
Publié sur Le Figaro en Ligne, le 26 février 2019

Imaginez regarder des vidéos mettant en scène des théories du complot, des meurtres ou encore des discours de haine, tous les jours, presque sans interruption. C’est ce que vivent quotidiennement les modérateurs chargés de repérer les contenus problématiques sur Facebook. Le site spécialisé The Verge est allé à leur rencontre dans un centre à Phoenix, aux États-Unis, exploité par un sous-traitant du réseau social: Cognizant. Plusieurs anciens ou actuels employés, qui s’expriment de manière anonyme, révèlent y vivre une expérience douloureuse faite de stress post-traumatique ou de pensées suicidaires.

Dans le monde, environ 30.000 personnes s’occupent de la modération chez Facebook. Près de la moitié sont directement employées par le réseau social pour écrire ou mettre à jour ses «standards de la communauté», des règles internes sur la modération des contenus, et veiller à leur application. L’autre moitié travaille, dans sa majorité, pour des entreprises sous-traitantes, comme Cognizant à Phoenix, et se chargent directement de la modération, en analysant les signalements des internautes de contenus potentiellement problématiques.

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« Redonner ses lettres de noblesse à la politique » Un programme en soi.

Les esprits s’échauffent déjà , les petites phrases fusent, les bonnes vieilles recettes refont surface, pas de doute , la campagne électorale est lancée, la course à la communication simpliste aussi.
Et si on essayait autre chose , autrement ?
Si le monde politique plutôt que de s’entredéchirer via réseaux sociaux sur des projets, ou faire la course à l’échalote sur la paternité d’un dossier , parlait de fond , de ce que tous les citoyens attendent, Et si cette campagne électorale était l’occasion non pas d’un déballage de phrases qui tuent et des tristes spectacles habituels du « ce n’est pas moi, c’est toi ! » mais l’opportunité d’avoir un débat de fond qui permette de trouver des réponses pertinentes et surtout justes aux immenses préoccupations de nos citoyens .
La politique n’est pas l’affaire de quelques uns qui se seraient arrogés le droit de savoir au mépris de tous les citoyens qui eux ne sauraient pas .
La politique , c’est l’attention, l’écoute et surtout l’empathie « cette capacité à se mettre à la place de … » dans ses difficultés mais aussi dans ses aspirations profondes.
La politique , c’est fédérer, rassembler au-delà des différences et non pas diviser, c’est un projet collectif qui n’a de chance d’aboutir que si tout le monde retrousse ses manches et est valorisé dans ce qu’il a de mieux à apporter .
La politique , c’est aussi le courage d’assumer en transparence des décisions prises dans l’intérêt général même si elles sont difficiles .
La politique , c’est surtout respecter, respecter chacun dans ce qu’il a de différent, dans ce qu’il pense de différent, dans ce qu’il vit de différent.
La politique, c’est aussi et avant tout pour moi, une attitude authentique, celle qui fait qu’à un moment , chacun peut croire en la sincérité de la parole portée et donnée, de l’action menée  sans artifices ou faux-semblants , sans promesses impossibles à tenir, sans projets sans lendemain.
La politique , c’est tout cela , simplement et si les attitudes des uns et des autres l’ont parfois déviée de sa mission première , la campagne électorale qui s’annonce pourrait démontrer à tous ceux qui n’y croient plus qu’ils se sont trompés , que les femmes et les hommes politiques ont écouté et surtout entendu la colère qui gronde et  qu’ils en ont tiré les conséquences…
Si tout simplement on rendait ses lettres de noblesse à la politique… Le plus beau et le plus juste programme électoral qui soit .

“Nous payons aujourd’hui une flexibilité excessive” (Étienne de Callataÿ)

Une réflexion qui doit nous interpeller sur la flexibilité à outrance du travail… burn out, menace de la santé au travail. Etienne de Callataÿ nous donne sa vision sur la réduction du temps de travail, ses conséquences, ses risques… À méditer !

“Nous payons aujourd’hui une flexibilité excessive” (Étienne de Callataÿ)
Publié sur le journal L’écho en ligne – 18 février 2019

Entretien avec Étienne de Callataÿ, économiste en chef chez Orcadia Asset Management. Il porte un regard nuancé sur la tendance à vouloir sans cesse flexibiliser davantage le monde du travail.

N’a-t-on pas atteint les limites en matière de flexibilisation, vu le nombre de burn-outs?

Je pense que oui. Nous payons aujourd’hui une flexibilité excessive et une approche du management qui met trop la pression, estimant que ce serait nécessaire pour améliorer la productivité des travailleurs. En créant ce sentiment d’insécurité permanente, on génère du stress, ce qui est mauvais pour la santé mentale mais aussi pour l’économie. Lorsqu’on demande à des gens de repostuler pour l’emploi qu’ils occupent depuis 25 ans, comme s’ils étaient nouveaux dans la boîte, on va trop loin. Par contre, trop de stabilité n’est pas souhaitable non plus. Nommer des enseignants à vie par exemple n’est pas très sain.

Le télétravail n’est-il pas une arme à double tranchant? “On a choisi de privilégier la hausse du pouvoir d’achat par rapport à la réduction du temps de travail.”

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Thomas Porcher: “Croire que les marchés vont inventer la solution, c’est crétin”

Une interview intéressante que nous livre Thomas Porcher, professeur d’économie sur la compatibilité entre la transition écologique et la croissance. Est-il possible de les réconcilier ? De quelle manière ? Notre modèle économique est-il compatible avec une vraie transition écologique ? Il tente de répondre à ces différentes questions par une approche équilibrée qui tient aussi compte des efforts à entreprendre par les pays émergents.

Thomas Porcher: “Croire que les marchés vont inventer la solution, c’est crétin”
Article publié sur L’Echo en ligne le 8 février

Le professeur d’économie Thomas Porcher estime qu'”écologie et croissance ne sont pas contradictoires” mais dans la lutte contre le réchauffement climatique, “on culpabilise le citoyen alors que les plus gros pollueurs sont laissés tranquilles”.

Professeur d’économie à la Paris School of Business, spécialiste de l’économie des énergies et auteurs de divers ouvrages dont le “Déni climatique” et d’un “Traité d’économie hérétique. Pour en finir avec le discours dominant”, Thomas Porcher a fondé, l’an passé, avec l’essayiste Raphaël Gluksmann et d’autres, le parti politique “Place Publique”.

“On s’évertue à entretenir un modèle économique cause de tous les désordres climatiques”, expliquait Nicolas Hulot lors de sa démission. N’y a-t-il aucune conciliation possible entre écologie et croissance?

Écologie et croissance ne sont pas contradictoires, du moins dans un premier temps. Et l’écologie est même une opportunité économique: beaucoup de secteurs de la transition énergétique ont besoin de croissance. Dans le renouvelable et la rénovation du bâtiment, par exemple. Mais sur le long terme, on sait que les émissions de CO2 sont liées à notre modèle économique, qui est donc incompatible avec la lutte contre le réchauffement. Une “croissante verte” est possible et nécessaire dans un premier temps mais ce ne sera pas suffisant. Il faudra évoluer vers un modèle basé, entre autres, sur la relocalisation, l’économie circulaire et la sobriété.

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Pierre Larrouturou : «Sauver le climat, la seule guerre qui ne fera aucune victime»

Comment financer la transition énergétique sans que les citoyens doivent encore passer à la caisse quand on sait que la Cour des Comptes au niveau européen chiffre l’effort  à plus de 1000 milliards ? Voici une piste intéressante que Pierre Larrouturou, économiste et initiateur d’un Pacte Finance-Climat nous livre au travers d’une interview à Libération ». Ce pacte soutenu par diverses personnalités des mondes académique, politique, scientifique, de l’entreprise met en perspective un modèle qui nous permet de remplir nos objectifs en matière de réduction de gaz à effets de serre, qui est créateur d’emplois et qui est juste.

Pierre Larrouturou : «Sauver le climat, la seule guerre qui ne fera aucune victime»
1er janvier 2019 sur le journal en ligne “Libération”

Pour vaincre l’inertie des pouvoirs et le poids des lobbys, il est temps de déclarer la guerre au dérèglement climatique. A l’origine du projet de Pacte Finance-Climat européen lancé avec le climatologue Jean Jouzel et 500 personnalités de douze pays, l’économiste Pierre Larrouturou (1) explique comment la finance peut paradoxalement aider à gagner cette guerre.

Vous dressez un constat accablant, mais vous dites que nous ne sommes pas condamnés au chaos…

Les dinosaures ont disparu à cause d’une météorite… Mais cette fois, il n’y a aucune fatalité : la météorite, c’est nous. Il ne se passe plus un mois sans que des centaines de milliers d’hommes et de femmes voient leur vie bouleversée par une canicule, un feu de forêt, des pluies diluviennes ou des inondations… Au Japon, en juillet 2018, les inondations ont provoqué plus de 200 morts. En Europe, les vagues de chaleur et les feux de forêt sont de plus en plus fréquents. Plus personne ne peut douter de la réalité et de la gravité du dérèglement climatique.

Et les événements climatiques extrêmes se multiplient au point d’avoir un impact sur les récoltes…

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Illusion démocratique et cynisme capitaliste

« Qui oserait débrancher le jukebox quand la party bat son plein ?» disait un financier après Lehman Brothers. Les leçons de 2008 n’ont pas été tirées et les conséquences seraient pourtant bien pires que celles de la crise de 2008. Le cynisme de le finance à l’heure des revendications des populations atteint  son paroxysme !  Une analyse prémonitoire de Jacques Attali qui est livrée ici et qui démontre si nécessaire l’absolue nécessité d’inscrire nos réformes et actions quotidiennes sur le long terme. 

Illusion démocratique et cynisme capitaliste
Article de Jacques ATTALI publié sur L’Express en ligne le 27 janvier 2019

Pendant que des dirigeants de plus en plus populistes se partagent l’essentiel de la planète, et que, dans les lieux de plus en plus rares où ils ne sont pas au pouvoir, des citoyens se bercent de l’illusion qu’il leur serait possible de regagner la maîtrise de leur destin dans chaque petit canton de l’univers, quelques-uns des vrais maîtres du monde, (qui ne sont ni des politiques ni, contrairement aux thèses à la mode, des géants des nouvelles technologies, mais bien des financiers, comme depuis des millénaires) continuent d’orienter la planète à leur guise.

Beaucoup d’entre eux travaillent pour le bien ; en plaçant l’épargne qui leur a été confiée par ceux qui ne savent pas comment l’utiliser au mieux eux-mêmes, entre les mains de ceux qui ont des projets socialement et écologiquement positifs. En cela, la finance est utile au meilleur du monde.

D’autres, beaucoup moins scrupuleux et infiniment inutiles, voire nuisibles, utilisent cette épargne pour leur compte personnel, dans des opérations spéculatives, d’autant plus dangereuses qu’on n’aura pas su mettre en place des mécanismes de contrôle.

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Proximus : en tous les cas investir dans l’homme !

Ce sont les circonstances qui font de la puissance publique, Etat ou région, un actionnaire : accompagnement d’une reconversion d’un vieux bassin industriel par appui aux start-ups, transition d’un monopole public vers un régime de concurrence comme dans les transports ou les télécommunications, gestion directe d’un monopole naturel comme l’eau ou des autoroutes à péage.

L’Etat, c’est-à-dire en ultime regard, les élus, se trouve alors face à un double dilemme. D’abord, comme régulateur du marché en cause, il lui faut fixer le degré de concurrence qui va permettre à la fois, d’une part d’assurer la pérennité de l’entreprise en lui  préservant des marges de profit suffisantes pour ses investissements à long terme et d’autre part un prix bas du produit ou service, avantageux pour le pouvoir d’achat du consommateur privé et pour la compétitivité de l’utilisateur industriel. Ensuite, comme actionnaire il doit à la fois assurer une rentabilité élevée pour assurer le niveau d’innovation technologique nécessaire et pour préserver l’emploi, et distribuer une partie du profit pour rémunérer l’actionnaire-contribuable, en versant des dividendes au Trésor public pour alimenter le budget de l’Etat.

Autrement dit l’Etat se trouve placé devant des choix contradictoires entre lesquels il lui faut arbitrer. Le voici coincé entre le marteau et l’enclume. Ces arbitrages sont particulièrement difficiles dans les secteurs à haute technologie exposés à un rythme rapide d’innovation technique et commerciale qui nécessitent de fortes marges de profit. En même temps ces secteurs sont confrontés à des risques de restructuration imposés par l’internationalisation.

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La justice fiscale en Europe : David doit l’emporter sur le Goliath numérique.

Les GAFA[1] innovent, c’est entendu, et certaines de leurs innovations dans la médecine, l’éducation, l’information, la vie quotidienne, la productivité, le divertissement  améliorent drastiquement nos conditions de vie. Pour autant faut-il leur concéder un privilège fiscal inouï, inaccessible à n’importe quelle entreprise familiale ou PME, celui de choisir le pays où elles vont payer leurs impôts? Et cela en toute légalité ! Le 4 octobre 2017, la Commissaire européenne Vestager faisait ainsi observer qu’Amazon, en raison d’une faveur fiscale -indue selon elle- de l’Etat luxembourgeois qui l’a exonéré de 250 millions de taxes, paye un quart de l’impôt dû par une PME locale. Est-ce tolérable ? Aujourd’hui, nous apprenons que Google a transféré légalement 20 milliards de dollars des Pays-Bas vers une société écran aux Bermudes, paradis fiscal bien connu.

En Europe, les milliers de multinationales peuvent ainsi arbitrer entre régimes fiscaux nationaux en raison de leur localisation –réelle ou fictive-, dans plusieurs pays, car elles jouent sur les transferts de profits arbitraires vers le pays moins-disant, fiscalement parlant, par le mécanisme des prix de transfert internes.

Depuis 15 ans la Commission multiplie les tentatives d’harmonisation de l’impôt des sociétés. En vain ! Car l’Irlande, Malte, le Luxembourg et les Pays-Bas agitent la menace du veto pour tout bloquer. La Belgique ne fait aucun zèle sur ce dossier, car elle protège ses propres pratiques borderline. La règle de l’unanimité, ce redoutable verrou de la décision européenne, sévit toujours en matière fiscale, une anomalie d’un autre âge dont une réforme des traités doit absolument nous débarrasser. Seul un impôt européen directement prélevé par Bruxelles sur les multinationales permettrait de résoudre efficacement ce problème. Cela doit être notre objectif. Mais entretemps, il faut s’attaquer directement au problème spécifique des GAFA.  Car le cas des GAFA présente à la fois une urgence –il y a un vide juridique- et une singularité leurs activités se prête particulièrement à éluder l’impôt.

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